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Consigne : Federec sort le bazooka

mardi 25 juin 2019, par Henri Saporta

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Les entreprises du recyclage dénoncent le projet du gouvernement et préconisent une nouvelle simplification du geste de tri en quatre flux.

« Si la consigne a un intérêt écologique, c’est que je suis un âne » : c’est un Jean-Luc Petithuguenin des très grands jours qui a pris la parole lors de la conférence de presse organisée par la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) le lundi 24 juin. Vice-président de Federec, le patron de Paprec a fort peu apprécié d’écouter Brune Poirson, secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, expliquer à Jean-Jacques Bourdin, le 13 juin sur RMC, que le principe de la consigne pour recyclage était en réalité déjà arrêté alors que doit s’ouvrir une phase de concertation. L’intitulé de l’invitation était d’ailleurs limpide : « Consignes et bouteilles plastiques : le gouvernement fait fausse route ». L’organisation professionnelle a donc pris la plume pour adresser une tribune très argumentée au Premier ministre Édouard Philippe et dénoncer avec vigueur la stratégie mise en œuvre ; publiée le 23 juin sur le site internet du Journal du dimanche (JDD), cette prise de position doit également parvenir aux parlementaires. Federec et le Cercle national du recyclage (CNR) s’étaient positionnés le 23 mai.

Buzz

L’objectif est très simple : que « le buzz » fasse réfléchir députés et sénateurs lors de la discussion de la loi sur l’économie circulaire (Lec) au mois de septembre. L’article 12 est ainsi formulé : « Afin d’atteindre les objectifs de collecte fixés par la loi ou le droit de l’Union Européenne, il peut être fait obligation aux producteurs ou à leur éco-organisme de mettre en œuvre sur le territoire un dispositif de consigne pour recyclage, réutilisation ou réemploi des produits consommés ou utilisés par les ménages. » Alors que le projet doit être présenté en conseil des ministres sans doute la semaine prochaine, Brune Poirson a installé dès le 19 juin à Strasbourg (Bas-Rhin) le comité de pilotage « chargé de la mise en œuvre de la consigne sur les emballages en France ». Jean-Philippe Carpentier fait part de sa stupéfaction : « nous devions avoir une concertation sur les moyens de développer le tri et la collecte, pas sur les modalités de déploiement de la consigne. » Selon le président de Federec, « la consigne n’a jamais fait partie des solutions abordées » lors de la construction de la feuille de route pour l’économie circulaire (Frec) qui est sensée avoir servi à l’écriture de la Lec.

Consigne Poirson

« Brune Poirson ferait mieux de laisser son nom à un truc plus intelligent que la consigne Poirson », tacle Jean-Luc Petithuguenin. Si la secrétaire d’Etat en a pris pour son grade, Citeo a également été bien servi. Issue de la fusion d’Eco-Emballages et d’Ecofolio, la société agréée pour la valorisation des emballages et papiers ménagers au titre de la responsabilité élargie des producteurs (REP) pilote depuis 1992 le déploiement du tri à la la source et de la collecte sélective. Ces quelques lignes de la tribune sont accusatrices et lourdes de sens : « Avec la consigne, les vendeurs d’eau et sodas font sécession de ce système collectif. Ils conserveront à leur profit les revenus de la vente des bouteilles et canettes et des consignes non retournées. »

Collectif boissons

Pour Federec, la consigne est un dispositif organisé par et pour ces industriels, « plus gros contributeurs de Citeo », réunis au sein d’un « Collectif boissons ». « Ce collectif a finalisé une étude d’impact dont nous n’avons pas les résultats », indique Jean-Philippe Carpentier. C’est également ce groupement d’industriels et d’organisations professionnelles qui participe à l’appel à « la concertation globale » lancée par Citeo le 6 juin. Directeur général de l’éco-organisme, Jean Hornain s’est exprimé sur le sujet dans un entretien accordé à Emballages Magazine. Federec souligne avec gourmandise que Roxane, premier acteur de l’eau en bouteilles avec Cristaline, n’est pas du tout en faveur de la consigne qui serait essentiellement portée par Coca-Cola, Danone et Nestlé. Car la consigne - « 10 à 20 centimes par bouteille ? » - a un coût difficile à supporter pour l’eau la moins chère du marché. Et pour Federec, l’addition est exorbitante ! Environ 250 millions d’euros de cautions non retournées qui vont s’ajouter aux 700 millions annuels de la collecte sélective. Sans compter le financement et l’exploitation des automates et les flux logistiques.

Plan Marshall

Federec propose dès lors « une solution beaucoup plus radicale et beaucoup moins chère ». Simplifier encore plus le geste de tri grâce à quatre bacs afin d’intégrer les réglementations à venir : les déchets humides sales et les déchets secs d’un côté, auxquels s’ajoutent le verre et les biodéchets pour le compostage. Pour le hors-foyer et les milieux urbains denses, un plan Marshall doit permettre de créer un seul flux de collecte en généralisant le bac jaune dans tous les espaces de consommation. Cette infographie résume la proposition. Les nouvelles technologies et les robots permettent ensuite de trier les matériaux avec précision dans les usines. « Les bouteilles sont déjà collectées à 99%. Le problème, c’est qu’elles ne sont pas toutes dans la bonne poubelle. C’est pourquoi il faut simplifier le geste de tri », indique Federec qui s’inscrit dans une sorte d’extension de l’extension des consignes de tri telle que Citeo la porte actuellement. Jean-Luc Petithuguenin est catégorique : « si la consigne en France permettait de résoudre la pollution des océans par les plastiques, je voterai tout de suite pour. Mais ce n’est absolument pas le cas ».

Preuves

Si Federec a sorti le bazooka, c’est que « la connerie de la consigne » est vue comme une arme de destruction massive du bac jaune qui a déjà bénéficié de dix milliards d’euros d’investissement… Et, même pour ses détracteurs les plus virulents, le dispositif a quand même fait ses preuves avec un taux de recyclage de 70% en 2018.

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