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«  Il manque un cadre pour les bioplastiques  »

jeudi 2 mai 2019, par Fabian Tubiana

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Les termes «  biosourcé  » ou «  biodégradable  » renvoient à des questions complexes face auxquelles le grand public comme les industriels sont souvent démunis, comme viennent de le prouver les résultats controversés d’une étude britannique. Le point avec Henri Bourgeois-Costa, porte- parole de l’association Océans sans plastiques.

Recourir aux plastiques 100 % biosourcés, serait-ce une solution efficace pour lutter contre la pollution des océans  ?
Cela permettrait de réduire notre dépendance aux produits pétroliers et de diminuer l’empreinte carbone liée à la production de résines, mais seulement à condition d’utiliser les matières premières adéquates et avec toujours la question de l’impact sur les écosystèmes et de la concurrence avec les cultures alimentaires… Mais cela ne constituerait pas une réponse complètement satisfaisante à la pollution marine. En effet, ce n’est pas parce qu’un plastique est biosourcé qu’il est biodégradable  ! C’est toujours du plastique et il se retrouve de la même façon dans la nature… Reste en outre la question des adjuvants ajoutés dans les granulés…

La biodégradabilité serait donc la bonne réponse  ?
La question est très complexe. Mettons-nous dans un cas de figure où nous aurions, ce qui n’est pas encore le cas, à disposition des plastiques qui se dégradent naturellement. Le message sociétal serait alors à mon sens mauvais  : «  continuons comme si de rien n’était, la nature va se débrouiller…  ». En outre, «  biodégradable  » ne signifie pas nécessairement «  sans impact sur l’environnement  ». N’oublions pas par exemple que le lisier de porc est biodégradable... nous en connaissons tous les conséquences  ! La réponse serait en revanche la bonne pour certains plastiques dont on ne peut se passer, qui se retrouvent dans la nature et dont la collecte est impossible. Par exemple, de nombreux microfragments retrouvés dans l’environnement seraient ainsi issus de plastiques d’origine routière…

Finalement, qu’est-ce qu’un bioplastique  ?
C’est une question clé, un axe majeur de réflexion sociétale. Il existe un grand flou autour de ce terme. Une définition basique pourrait être  : «  qui a une origine biologique  ». Mais une fois qu’on a dit cela, on n’a pas beaucoup avancé. En excluant bien sûr le pétrole, de quelle substance issue du vivant parle-t-on  : de matières premières agricoles brutes, de résidus, d’huile de palme…  ? Il n’existe malheureusement pas de cadre de référence national. Il serait judicieux d’avoir une action normative sur ce thème au niveau de l’État, afin que les industriels et les marques qui font des efforts dans ce sens ne se trouvent pas défavorisés par rapport à ceux qui ne font que du marketing, du «  greenwashing  ».

Quid des labels Ok Compost  ?
L’organisme Tüv délivre le label «  Ok Compost  », qui correspond au compostage industriel, et le label «  Ok Compost Home  » pour le compostage domestique, mais le grand public imagine que les produits qui y répondent vont se dégrader tout seuls si on les jette dans la nature. Le récent label «  Ok biodégradable  » présente davantage d’intérêt. Il se décompose en trois catégories correspondant aux milieux naturels dans lequel la biodégradabilité est possible  : «  Soil  », «  Marine  » et «  Water  » («  Sol  », «  Marin  » et «  Eau  »). C’est une réponse à certaines études britanniques qui affirment qu’un plastique qui est dit biodégradable ne l’est jamais vraiment en milieu naturel. C’est intéressant, mais ces labels ne sont pas utilisés pour l’instant par les industriels… Attention, par ailleurs, à ce que ce caractère biodégradable ne mette pas à mal celui de la recyclabilité.

Justement, le recyclage chimique des plastiques connaît actuellement un fort regain d’intérêt. Comment jugez-vous cette évolution  ?
C’est une voie très intéressante dans l’absolu, mais il ne faut pas que cette hypothèse de solution nous empêche de faire évoluer nos comportements. Ces process sont-ils performants en termes de consommation d’énergie ou d’eau, d’absence de rejets dans l’environnement, d’impact sur la biodiversité…  ? Je pense que rares sont ceux assez mature aujourd’hui pour que l’on puisse l’affirmer. La recherche doit continuer, mais sans s’exonérer de mettre en place les solutions actuellement disponibles. D’autant qu’on continue aujourd’hui en France à faire comme si la problématique principale était celle du recyclage. Non, c’est celle de la collecte  ! C’est là que le bât blesse. Les expérimentations lancées par les pouvoirs publics autour des dispositifs innovants de collecte et de la consigne me semblent bien tièdes. Quand on voit que certains pays, comme la Norvège ou la Finlande, sont capables d’atteindre des taux de collecte des bouteilles de l’ordre de 95 %...

Face à ces questions complexes, que propose Océans sans plastiques pour accompagner les industriels  ?
Océans sans plastiques existe depuis une dizaine d’années et compte une trentaine de bénévoles, tous experts. J’en suis le porte-parole permanent. L’association a vocation à accompagner les entreprises dans leurs choix stratégiques, avec de vraies exigences en termes de résultats. Les entreprises sont aujourd’hui démunies, leurs dirigeants se retrouvent en difficulté face aux demandes de la société. Nous pouvons ainsi, au regard de notre expertise sur les enjeux environnementaux, mais aussi de notre connaissance des plastiques et des contraintes socio-économiques des entreprises de ce secteur, «  passer à la moulinette  » différentes propositions d’écoconception. Nous sommes une ONG, nous n’avons pas d’intérêts particuliers, nous ne défendons pas une matière plutôt qu’une autre. Nous ne déconnectons pas en outre l’engagement du message. Nous avons ainsi pu dernièrement persuader une entreprise de ne pas communiquer sur certaines de ces résines biosourcées, mais plutôt sur d’autres axes environnementaux plus ambitieux comme la simplification des résines utilisées, le circuit de collecte des produits en fin de vie....

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