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PET complexes : Soprema ouvre la voie du recyclage

jeudi 25 juillet 2019

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Le spécialiste de l’étanchéité Soprema a inauguré à Strasbourg la première unité au monde de recyclage d’emballages PET complexes. Reportage.

Troisième producteur mondial d’isolants et de produits d’étanchéité pour la construction, l’entreprise familiale Soprema a inauguré le 9 juillet, à Strasbourg, la première unité au monde de recyclage d’emballages PET complexes, Sopraloop. Son but : les intégrer, après transformation en polyols, aux mousses isolantes polyuréthane qu’elle fabrique et alléger ainsi sa dépendance aux matières premières pétrosourcées, tout en proposant un nouveau procédé industriel de recyclage et un débouché très attendu par le secteur de l’emballage. Fondée en 1908, la société Soprema affiche un chiffre d’affaires de 2,75 milliards d’euros en 2018 et une croissance de l’ordre de 10 % chaque année depuis 2002, grâce aux nombreuses innovations écologiques issues de ses 15 centres de R&D (procédés de végétalisation, solutions photovoltaïques fabrication d’isolants) qui lui valent 50 brevets actuellement entretenus. Depuis 2005, Soprema poursuit aussi un autre but : remplacer ses matières premières pétrosourcées par des matières premières biosourcées ou recyclées. Elle a ainsi investi 30 millions d’euros en R&D pour limiter l’impact sur l’environnement de ses produits et s’affranchir de la variation des coûts des produits pétrosourcés. « Le coût des matières biosourcées peut être jusque trois fois supérieur, souligne Pierre-Etienne Bindschedler, président de Soprema depuis 1992 et petit-fils de son fondateur Charles Geisen. Pour les polyols, qui sont l’un des ingrédients de base de nos mousses d’isolation en polyuréthane pour le bâtiment, nous avons exploré le recyclage de déchets d’emballages via ce projet, Sopraloop ».

Un procédé innovant

Ce procédé de recyclage, désormais opérationnel, est une solution d’upcycling de déchets qui n’étaient pour l’instant pas valorisés : barquettes et bouteilles opaques en PET complexe fournissent des polyols, l’une des matières premières du polyuréthane. Pour « re-créer » cette matière première vierge à partir des déchets d’emballages en PET complexe collectés, ceux-ci sont d’abord traités mécaniquement via un procédé développé spécialement pour ce flux. Arrivés en balles de 1 mètre cube, ils parcourent une chaîne de tri « simplifiée » de 1 500 m2 : tri optique puis séparation densimétrique permettent de supprimer les contaminants, avant que les éléments en PET complexe ne soient lavés à l’eau, en cycle fermé, puis réduits en paillettes. Dans une deuxième phase, ces paillettes subissent un traitement chimique, dans deux réacteurs successifs, où l’adjonction d’additifs permet d’obtenir des polyols par glycolyse. Par ce procédé, qui n’avait encore jamais été appliqué industriellement aux déchets d’emballages plastique, on obtient un liquide verdâtre - couleur typique des produits recyclés – qui est ensuite stocké en cuves. Acheminés en citernes vers les deux usines Soprema de Saint-Julien-du-Saut et de Hof (Allemagne), ces polyols sont ensuite combinés à des isocyanates pour en faire des mousses d’isolation polyuréthane. Intégrés pour l’instant à hauteur de 50 % dans la fabrication des mousses polyuréthane, les polyols recyclés pourraient à terme atteindre un taux de substitution bien supérieur et représenter 100 % des polyols utilisés par Soprema.

3 années de R&D

Depuis ses débuts, en 2016, le projet Sopraloop est accompagné par Citeo et par l’Ademe. Par cette collaboration, Citeo répond à son rôle de soutien à la création de nouveaux débouchés de recyclage puisque le procédé initie un flux de recyclage du PET complexe, jusque là inexistant, incluant réception des emballages, traitement en centres de tri et utilisation après recyclage. « Il est particulièrement intéressant de transformer des déchets en ressources en intégrant ce processus dans le flux de fabrication d’une entreprise » souligne Jean Hornain, directeur généréral de Citeo. Le soutien de l’Ademe, lui, s’inscrit dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA), via la prise en charge d’une partie des 7 millions d’euros d’investissement que représente la construction d’une première ligne industrielle. Cette ligne a été installée dans un ancien entrepôt logistique de 25 000 m2 du Port Autonome de Strasbourg, racheté par Soprema. Dans une première phase, elle recyclera 3 500 tonnes annuelles de déchets en PET complexe pour produire 5 500 à 7 000 tonnes de polyols. Dans les 5 prochaines années, au fur et à mesure que le procédé s’affinera, ces chiffres devraient s’établir à 5 500 et 10 000 tonnes respectivement. « En rythme de croisière, nous pensons doubler le personnel actuel et créer une quinzaine d’emploi » indique Matthieu Chalier, le directeur de l’usine Sopraloop.

Un nouveau flux pour le recyclage

« A ce jour, ces polyols recyclés ne sont pas d’un coût de revient significativement différent de ceux pétro-sourcés » ajoute-t-il. « Le procédé Sopraloop est pour nous un avantage stratégique majeur car il répond à deux urgences industrielles : apporter une solution de traitement pour une partie des plastiques actuellement enfouis ou incinérés, et s’affranchir des variations de cours des matières pétro-sourcées », ajoute le directeur industriel du groupe Soprema, François China. Labellisé « Efficient Solutions » par Solar Impulse, le procédé Sopraloop veut faire bouger l’ensemble des filières de recyclage du plastique : s’il pourrait dans un premier temps être dupliqué dans d’autres pays où Soprema est implantée, en Europe ou en Amérique du Nord, son utilisation par d’autres entreprises est espérée. Et la collaboration avec Citeo se poursuit, à travers des flux pilotes pour accompagner l’extension des consignes de tri : le procédé peut aussi évoluer dans le temps, pour s’adapter à de nouveaux types de déchets ou de nouvelles demandes en produits finaux. « Nous faisons notre part, à notre échelle, et notre technologie n’est pas brevetée » souligne Pierre-Etienne Bindschedler. « Cette solution est assez neutre économiquement, et positive en termes de durabilité puisque Sopraloop permet de contribuer au recyclage de déchets existants dont on ne savait que faire. Le plastique n’a pas à finir dans une usine d’incinération ou dans les océans : ré-utilisons-le quand c’est possible ! »

Véronique Parasote

Crédit photo : Soprema

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