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Pollution océanique : des enjeux à terre comme en mer

vendredi 4 octobre 2019, par Alexane Roupioz

De premiers débris de plastique ont été récupérés dans le Pacifique, viennent d’annoncer les responsables du projet The Ocean Cleanup. Plastiques & Caoutchoucs Magazine profite de cette occasion pour explorer les nombreuses initiatives déjà lancées pour récolter les déchets plastique en mer.

Chaque année, 4,8 à 12,7 millions de tonnes de déchets plastique seraient déversées dans les océans par les populations côtières. À cela s’ajouteraient entre 1,2 et 2,4 millions de tonnes de détritus transportés par les fleuves. Et tous les ans, ces déchets tuent 1,5 million d’animaux marins. Face à ce constat, des actions à la fois curatives et préventives doivent être mises en place. La première idée qui vient à l’esprit pour venir à bout de cette pollution est de récupérer les déchets directement sur place. C’est l’ambition de plusieurs projets, dont celui de Boyan Slat, un jeune Néerlandais qui a imaginé un système de ramassage des déchets qui s’accumulent dans les gyres. Ces espaces océaniques caractérisés par de faibles courants circulaires concentrent à eux seuls une grande partie des plastiques flottants en mer.

Stopper les rejets à la source

Dans le cadre de son projet The Ocean Cleanup, Boyan Slat a développé un système passif composé de 600 m de flotteurs attachés à un filet qui s’étend jusqu’à 3 m de profondeur. Sous l’effet des courants, des vagues et du vent, le système se courbe et se déplace à la surface piégeant les débris. Malgré quelques avaries sur le prototype testé au large de la Californie en 2018, le Néerlandais affirme aujourd’hui que son système fonctionne enfin.

Le skipper suisse Yvan Bourgnon et son association The Sea Cleaners ont eux imaginé un bateau doté d’une autonomie en énergie maximisée qui collecte, trie et compacte les macrodéchets en temps réel. Baptisé Le Manta, le navire pourra stocker l’équivalent de 250 tonnes de déchets dans ses coques. La construction devrait démarrer en 2021 pour une mission prévue en 2023. D’ici là, des bateaux de pêche mettent déjà la main à la pâte. La fondation bruxelloise Waste Free Oceans (WFO) a développé de petits filets coniques qui s’enfoncent à 70 cm de profondeur. Ils sont conçus pour être accrochés à l’arrière des bateaux de pêche. Objectif : faire travailler ensemble pêcheurs, recycleurs et transformateurs pour concevoir des produits à partir des déchets collectés.

Bien qu’elles semblent utiles pour retirer les débris qui polluent déjà les océans, toutes ces initiatives soulèvent de nombreuses questions. D’une part, que faut-il faire de ces déchets restés bien trop longtemps dans les océans ? Abîmés par le sel, le soleil et les courants, ces plastiques contiennent souvent de grandes quantités de polluants organiques persistants comme des polychlorobiphényles ou des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ils sont donc difficilement recyclables via les méthodes traditionnelles. Et d’autre part, « nettoyer au large des côtes n’empêchera pas de nouveaux déchets d’arriver... Plus les solutions sont appliquées à la source de la pollution plastique, plus elles sont efficaces », remarque Matthieu Combe auteur de Survivre au péril plastique publié en mars 2019 aux Éditions Rue de l’échiquier.

Tout l’enjeu est donc de parvenir à stopper les rejets à la source. C’est l’objectif d’initiatives comme celle de deux surfeurs australiens qui ont inventé la poubelle Seabin. Ce récupérateur de déchets est conçu pour être installé dans des eaux calmes comme les ports, porte d’entrée des villes sur l’océan. Capable de pomper jusqu’à 25 000 litres d’eau par heure, ce système aspire les déchets flottants jusqu’à 2 mm. Plus de 700 poubelles ont déjà été installées à travers le monde dont plusieurs sur la Côte d’Azur.

C’est avec la même ambition que le Waterfront Partnership of Baltimore, une organisation à but non lucratif qui œuvre pour un littoral plus propre, a développé un intercepteur de déchets semi-autonome baptisé M. Trash Wheel. Placé dans le port de Baltimore, ce système est composé de roues hydrauliques qui mettent en mouvement un tapis roulant sur lequel sont remontés les déchets flottants. Ceux-ci sont ensuite déversés dans une benne installée sur une barge à l’arrière du dispositif.

Donner une valeur aux plastiques

Le tapis convoyeur, c’est aussi la technologie utilisée par la fondation suisse Race For Water sur Le Collector, un navire polyvalent de récupération de déchets dans les ports, les rivières et à proximité des côtes. « Bien qu’ils soient louables et utiles notamment en termes de sensibilisation, ces projets de nettoyage peuvent aussi déculpabiliser laissant penser que quelqu’un sera toujours là pour nettoyer. Et ils ne s’attaquent pas aux causes réelles de la pollution », met en garde Matthieu Combe. Pour résoudre durablement le problème, il faut agir sur terre avant même que le plastique n’atteigne les océans. En apparence, les solutions sont simples : collecter, trier et recycler les plastiques pour leur donner une seconde vie. Mais pour que cela fonctionne, il est indispensable de donner une valeur marchande aux plastiques afin qu’ils deviennent une matière rentable à collecter.

C’est l’idée portée par l’équipe de Plastic Odyssey qui prépare un tour du monde en trois ans sur un catamaran propulsé grâce aux déchets plastiques. Ceux-ci seront récoltés à terre à chaque escale puis triés et recyclés. Les déchets non recyclables seront convertis en carburant par pyrolyse, permettant d’alimenter les moteurs du navire.

Quant à Race For Water, elle mise sur la création d’une économie efficace autour des plastiques en fin de vie. Depuis 2017, le navire-ambassadeur de la fondation parcourt le monde pour déployer des solutions locales de valorisation des déchets plastiques en énergie. En partenariat avec la société française Etia, la fondation a développé la technologie Biogreen. Par pyrolyse à très haute température, elle permet d’extraire le fort pouvoir calorifique des déchets plastiques pour les transformer en un gaz de synthèse riche en énergie. Chaque unité permet de traiter 5 à 12 tonnes de matière usagée par jour avec une production électrique pouvant atteindre 2,5 MWh/tonne.

Tous ces projets s’avèrent utiles en termes de sensibilisation, mais la majorité des plastiques présents dans les océans ne flottent pas à la surface. À long terme, l’écoconception et le recyclage restent les solutions les plus efficaces

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