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Un atlas sur les plastiques controversé

lundi 16 mars 2020, par Bakhta JOMNI

L’ouvrage rassemblant faits et chiffres sur les polymères synthétiques est pointé du doigt par la profession pour son manque de rigueur.

L’Atlas du plastique 2020 se présente comme un ouvrage rassemblant faits et chiffres sur les polymères synthétiques autour de nombreuses infographies. Le document de 58 pages, proposé gratuitement en téléchargement, est le fruit d’une coopération entre la Fondation politique allemande Heinrich Böll, proche des Verts et le mouvement Break Free from Plastic. Précédemment édité en Allemagne, il a été revu pour une version francophone avec l’aide du Think Tank La Fabrique Écologique.

A travers 23 articles abordant le plastique dans ses divers usages (santé, bioplastiques, habillement, alimentation, réglementation, etc.), l’Atlas souhaite convaincre ses lecteurs de « s’engager pour une baisse rapide et drastique de la production et de la consommation, et pour faire adopter des législations s’attaquant aux racines mêmes de cette pollution », en réduisant notamment de façon radicale la commercialisation des matières plastique. “Montrer la voie vers un monde où le plastique n’est plus automatique” et prouver que l’omniprésence du plastique est dangereuse est donc l’objectif non dissimulé de ce recueil.

Un outil de propagande

L’ouvrage est toutefois pointé du doigts par la profession pour son manque de rigueur dans la présentation des données chiffrées et son interprétation biaisée des informations s’appuyant sur des sources peu transparentes.

“Nous n’avons jamais été sollicités pour la rédaction de ce document, sans nuances, qui se présente pourtant comme de portée européenne”, regrette Véronique Fraigneau, directrice de la communication et des affaires publiques de PlasticsEurope, l’association professionnelle européenne qui représente les producteurs de matières plastique. “Son objectif est avant tout de faire pression sur les pouvoirs publics pour aller vers une interdiction la plus large possible du plastique. Cela n’a de visée que d’alimenter une peur et un rejet en bloc. Les auteurs de ce document oublient que le plastique est en Europe une des matières les plus réglementées et agissent comme s’il n’y avait aucune législation européenne pour protéger les citoyens », constate-t-elle. Elle note par ailleurs que le « timing » choisi n’est pas anodin. “Il ne faut pas être dupe, il s’agit d’un instrument politique puisque nous sommes au cœur des travaux réglementaires. Le but n’était donc aucunement d’associer l’industrie”, poursuit-elle. Véronique Fraigneau constate également que les économies de CO2 réalisées grâce au plastique ne sont jamais mentionnées. "J’appelle cela de la désinformation, c’est de l’attaque contre des produits, une industrie et des entreprises présentés comme d’affreux lobbyistes ultrapuissants. Leurs positions sont plus idéologiques que scientifiques. L’objectif n’est aucunement de poser les bases d’un dialogue entre industrie, société civile et élus”, regrette-t-elle.

Jean Martin, délégué général de la Fédération de la plasturgie et des composites, considère également que ce document est discrédité par “un ensemble d’exemples cités prouvant un parti-pris extrême". Le document s’appuie par exemple sur une étude australienne concernant les microplastiques ingérés qui n’a jamais été publiée. A l’instar de sa confrère de PlasticsEurope, Jean Martin note qu’aucune mention n’est faite concernant les économies de CO2 réalisées grâce au plastique, ses qualités sanitaires ou de conservation ou encore "les réglementations européennes très strictes respectées par les industriels”. Il rappelle par ailleurs que les additifs, présents dans le plastique vierge et recyclé, considérés comme dangereux par les auteurs de l’atlas, sont très contrôlés et réglementés. "Des entreprises comme Carbios montrent qu’il est possible de faire des recyclés de très bonne qualité”, ajoute-t-il.

Kako Nait Ali, ingénieur matériaux et Docteur en chimie des matériaux, a passé plusieurs heures à décortiquer le document. Une analyse très détaillée est à lire sur son site. “Il y a une réelle volonté de désinformer”, estime-elle constatant que les données chiffrées et les infographies sont biaisées et utilisées à tort et à travers. “Avec un atlas, on s’attend à du factuel mais ce n’est aucunement le cas malheureusement, il n’y a rien de scientifiquement prouvé. Il faut néanmoins connaître un peu le sujet pour pouvoir s’en rendre compte et le démontrer ", précise-t-elle. “Avec cet ouvrage, les auteurs sont entrés en guerre contre l’industrie du plastique. C’est un vocabulaire guerrier très inquiétant. Ils ont trouvé le coupable idéal, l’ennemi à abattre et ne se remettent absolument pas en cause. Nous sommes malheureusement encore dans de l’émotionnel”, conclut-elle.

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