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Un plastique nommé AlgX

jeudi 18 février 2021, par Bakhta JOMNI

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La start-up Eranova lance un nouveau polymère intégrant une part d’amidon issu d’algues. Ce matériau permet de décarboner les emballages sans impact sur la filière de recyclage ni sur les lignes de production.

Si vous pouviez transformer un polluant en quelque chose d’utile, que choisiriez-vous ? La question peut paraître saugrenue et pourtant c’est ainsi que les deux cofondateurs d’Eranova, Philippe Michon et Philippe Lavoisier ont eu l’idée de donner une valeur aux algues vertes qui envahissent nos littoraux. Cela s’appelle de « l’upcycling » ou du « surcyclage ».

En collaborant au développement de leur projet avec le CEA Tech et le Ceva, un organisme spécialisé dans les algues, les deux Philippe découvrent que l’amidon libéré par les algues vertes peut être exploité pour fabriquer du plastique et des emballages, à l’instar de l’amidon de maïs ou de blé.

Le polymère biosourcé né de cette découverte s’appelle AlgX. Il s’adapte en fonction de l’application souhaitée. Sa part de recyclé, de matière vierge, de fibres ou d’amidon d’algues peut être modulée pour fournir une résine qui colle aux besoins du produit fini. En intégrant les fibres des algues, on pourra fabriquer des produits injectés, composites rigides ou thermoformés, et en utilisant leur amidon des films recyclables ou compostables. Ce matériau translucide, sans odeur ni couleur, a un aspect soft touch. Apte au contact alimentaire, il peut être utilisé pour de l’emballage en PE ordinaire. La durée de vie est la même que celle d’un emballage classique.

« Nous disposons les algues ramassées dans des bassins d’eau de mer puis nous les affamons. Cela modifie leur métabolisme et fait passer la proportion d’amidon qu’elles contiennent de 10 ou 12 % à 50 % en 15 jours tout en dépolluant l’eau », décrit Philippe Michon.

Après extraction de l’amidon, les fibres de l’algue sont également conservées pour utilisation. Les procédés d’enrichissement et d’extraction sont brevetés dans trente pays, dont les États-Unis et la Chine. L’amidon extrait peut se substituer aux amidons actuels de maïs, de blé ou de pomme de terre utilisés pour fabriquer des sacs plastique par exemple.

Les municipalités méditerranéennes dont les plages sont envahies d’algues vertes procèdent généralement à leur ramassage puis à leur enfouissement. Elles peuvent désormais signer un accord avec Eranova pour leur livrer cette encombrante collecte.

Une résine qui s’adapte

« Les résines que nous privilégions sont plutôt axées sur le recyclage. Nous travaillons sur une gamme biosourcée. En procédant à un greffage de la partie végétale sur la partie pétrosourcée, nous allons encapsuler l’amidon pour obtenir un produit dont les caractéristiques sont proches des produits pétrosourcés avec une possibilité de recyclage sans collecte sélective », détaille Philippe Michon.

Eranova vient d’ailleurs de faire valider auprès d’un laboratoire indépendant que son matériau mélangé à hauteur de 30 % à un PE traditionnel peut être recyclé dans la filière de PE sans affecter les caractéristiques du produit fini. « Notre matière est donc à la fois biosourcée et pétrosourcée, mais on peut tout à fait encapsuler l’amidon autour de la matière recyclée si on le souhaite. Le choix pourra varier, par exemple, en fonction des aptitudes souhaitées au contact alimentaire. Il pourra aussi être mélangé avec des PBS ou des PBAT pour obtenir des produits compostables », détaille M. Michon. Eranova ne privilégie cependant pas cette voie pour l’instant, « car la compostabilité des polymères n’est pas avérée et que les normes de compostage actuelles ne prennent pas forcément cela en compte ».

La start-up travaille actuellement avec des fournisseurs de matière vierge comme Sabic ou LyondellBasell. Après compounding, l’AlgX, à 60 ou 70 % biosourcé, est vendu à des transformateurs qui pourront le diluer à leur convenance. « L’avantage d’AlgX est sa capacité de décarbonation des emballages sans impact sur la filière de recyclage et sans modifications à effectuer sur les machines des transformateurs », se félicite Philippe Michon.

Pour lancer le produit, un premier démonstrateur avait été installé en 2018, à Palavas-les-Flots (Hérault). Après une levée de fonds de 6 millions d’euros en novembre 2020, la start-up a pu construire un nouveau démonstrateur sur 50 hectares de terrains en revitalisation industrielle à Port-Saint-Louis-du-Rhône sur l’étang de Berre (Grand Port maritime de Marseille). Objectif : produire 20 000 tonnes de plastique biosourcé par an.

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