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Véhicules du futur : "alléger au maximum"

lundi 2 décembre 2019, par Bakhta JOMNI

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Le 2 décembre, la Filière automobile a fait le point à Bercy sur les mutations qui touchent le secteur. La transition écologique tient la première place des actions à mener. Jean-Luc Brossard, directeur R&D de la Plateforme automobile (PFA) Filière Automobile & Mobilités nous présente le véhicule de demain, où le plastique a toute sa place.

"Nous devons réagir. Notre industrie automobile est menacée par un risque de déclassement productif", a déclaré Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances lors de son discours du 2 décembre à destination des professionnels de la filière automobile. Des prévisions pour le début de l’année 2020 anticipent en effet des baisses de demandes de 10 % à 20 %. La France, deuxième pays de production automobile d’Europe en 2011, est aujourd’hui le cinquième derrière l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni est l’Allemagne. "Faire le pari de la voiture propre" est la première action annoncée par le ministre lors de cette journée. Accompagner les sous-traitants dans leur transition écologique à travers un financement est l’autre priorité. Jean-Luc Brossard, directeur R&D de la Plateforme automobile (PFA) Filière Automobile & Mobilités, anime lors de cette journée une intervention sur la feuille de route technologique. Retour à cette occasion sur l’entretien qu’il a accordé à la rédaction pour le numéro de décembre de Plastiques & Caoutchoucs Magazine.

Comment voyez-vous le véhicule de demain  ?

Les véhicules seront propres, connectés et autonomes… partagés et abordables. Pour répondre aux nouveaux usages, il faudra repenser le cockpit, le confort, la lumière et l’haptique. On y trouvera également des radars, des capteurs intégrés dans des pièces complexes en polymères et il faudra trouver des matériaux produisant moins de frottements dans les chaînes cinématiques. Les véhicules transporteront davantage de personnes. Leur intérieur devra être antiallergènes, antistatique, antiodeurs, autonettoyants, avec des carrosseries antirayures. Nous devrons aller vers le biomimétisme pour que nos véhicules réagissent à l’image du nénuphar sur lequel les gouttes glissent ou de l’aérodynamisme du requin. Il faudra trouver des compromis entre usages complexes et diversifiés et réponses technologiques.

Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires en termes d’innovation dans le secteur automobile  ?

Nous devons en priorité préparer la transition écologique, avec des normes européennes et mondiales déjà définies pour 2021 et 2030 et l’objectif de tendre vers une neutralité carbone pour 2050. Il faudra envisager une mobilité à faible empreinte environnementale. Du fait de l’urbanisation croissante, du vieillissement de la population et du développement des technologies numériques, nos concitoyens aspireront à davantage de sécurité et de communication. Nous irons donc vers des véhicules de plus en plus connectés et autonomes. 80 % de la R&D sont représentés par ces trois axes. Les 20 % restants concernent notamment l’attractivité des marques et le style des voitures.

La réduction des émissions de CO2 impacte-t-elle le choix des matériaux  ?

La réduction des émissions de C02 passera par l’électrification progressive des voitures neuves. Mais il ne faut pas oublier que la source d’ordre 1 pour réduire l’empreinte carbone est le renouvellement du parc automobile, car les véhicules vieillissants sont les plus polluants. Pour l’introduction de nouvelles technologies, si les coûts sont élevés, les acheteurs potentiels retarderont le renouvellement de leur véhicule. Pour les nouveaux véhicules après le développement de solutions à énergie «  défossilisées  », vient leur poids. Pour 100 kg gagnés, c’est trois à quatre grammes de CO2 par km en moins. Il faut donc alléger au maximum. Les véhicules sont composés aujourd’hui de 75 à 80 % de métal. Nous travaillons de plus en plus l’application de l’aluminium qui représente 10 % du poids de nos véhicules aujourd’hui, mais également de nouveaux types d’acier qui ont de très bons résultats sur les crash-tests. Les polymères et composites représentent quant à eux, environ 15 % du poids. Pour alléger, le plus simple est donc de passer de l’acier à l’aluminium. Ainsi, si nous remplacions l’acier des portières actuelles par de l’aluminium, nous gagnerions 19 kg sur chaque véhicule. Mais l’aluminium est encore très coûteux tout comme les polymères et composites. C’est l’intégration de fonctions et la capacité de répondre à un dessin complexe qui justifiera leur application. Le projet Force que nous avons développé consiste d’ailleurs à développer une filière de fibre de carbone économique afin de pouvoir intégrer de nouvelles pièces combinant plusieurs fonctions dans les véhicules tout en réduisant leur nombre.

Quelles sont vos missions au sein de la PFA  ?

J’évolue depuis 35 ans dans le secteur automobile et de la mobilité. J’ai assuré les fonctions de directeur de projets ou directeur technique chez différents constructeurs (Matra Automobile, Renault, Ferrari, Maserati, Fiat, Pininfarina et enfin depuis 2008 chez PSA Peugeot Citroën). J’ai rejoint la PFA en 2015, en tant que directeur de la R&D. Notre rôle est de consolider et développer les acteurs industriels de l’automobile et du transport routier en France, et de définir une vision claire des grands enjeux à moyen et long termes de la filière. Nous travaillons sur des sujets de R&D transversaux non compétitifs et précompétitifs pour les acteurs de la filière, sur lesquels ils ne sont pas en concurrence directe, ou sur des travaux en amont de la phase de développement industriel.

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