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Conférence Plasturgie : assurer la transition

vendredi 3 décembre 2021, par Bakhta JOMNI

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La conférence de la Plasturgie, organisée par Plastiques et Caoutchoucs Magazine à Paris et en distanciel, le 18 novembre dernier, avait pour thématique les plastiques en transition(s).

La transition vers l’économie circulaire est inéluctablement enclenchée. La profession a plus que jamais besoin d’informations précises et d’outils concrets pour se transformer durablement. C’est tout le sens de la conférence de la Plasturgie organisée par Plastiques & Caoutchouc Magazine, le 18 novembre dernier aux salons Hoche à Paris et rediffusé en direct en en différé.

Pour inaugurer la journée, Jean Martin, directeur général de Polyvia, a fait un état des lieux de la filière qui représente en France entre 122 000 et 230 000 salariés selon le périmètre considéré. Après un point sur les outils de transition déjà mis en place par la branche, il a tenu à rappeler le rôle essentiel du plastique dans la baisse des émissions de CO2, d’autant plus lorsque les produits intègrent des Matières premières recyclées (MPR).

“ Le plastique est un outil important de décarbonation. Nous devons aujourd’hui être en mesure d’assurer la qualité des matières recyclées que nous proposons et imaginer des systèmes pour en garantir la traçabilité. Il est par ailleurs important que recyclages chimique mécanique ne soient pas en concurrence mais complémentaires”, a-t-il insisté.

La plasturgie est en effet aujourd’hui confrontée à un double enjeu pour mener à bien sa transition : réduire son empreinte écologique en mettant notamment en œuvre la loi Agec ; et transformer son image en rappelant ses qualités bas carbone face à un Plastic bashing récurrent.

Un objet politique

“Les transformateurs sont demandeurs, ils veulent avancer dans cette direction”, a insisté Jean Martin, mais “ le plastique est devenu un objet politique” et “chaque échéance est un coup de projecteur” alimentant le climat antiplastique actuel, regrette-t-il. Depuis plusieurs années, les textes de loi et les décrets se multiplient et se succèdent créant incertitudes néfastes et injonctions contradictoires...

La loi Agec était le thème principal de la première table ronde, qui rassemblait Philippe Bolo, député de Maine-et-Loire, auteur d’un rapport de l’Opecst sur la Pollution plastique et d’une récente résolution sur le sujet, Emmanuelle Perdrix, présidente de Polyvia et de Rovip, et Daniel Sauvaitre, secrétaire général d’Interfel, qui représente les métiers de la filière fruits et légumes frais. Après quelques échanges généraux sur les nombreux objectifs de la loi, les débats se sont rapidement concentrés sur la parution récente du décret Fruits et légumes.

“Le décret est paru très vite, s’est ainsi agacé Daniel Sauvaitre. Et il a fallu trouver des solutions rapides pour la préservation et la conservation des fruits et légumes. Loin d’être anecdotiques, la question des attaches en caoutchouc des radis et herbes aromatique ou encore celle des stickers qui seront interdits à partir de janvier 2022 sauf s’ils sont compostables à domicile font partie des problématiques qui nous préoccupent”, a déclaré M. Sauvaitre, estimant que ces changements pourraient impacter dangereusement la consommation des fruits et légumes frais et leur accessibilité et donc mettre en péril les professionnels de sa filière.“ Il faudrait adosser systématiquement les amendements à des études d’impact”, a pour sa part estimé l’élu Philippe Bolo, qui, entre pression des ONG et risque de distorsion de concurrence, a souligné la complexité de légiférer sur les plastiques.

“Avant de fixer des échéances législatives, il convient d’impliquer producteurs, transformateurs et metteurs sur le marché afin qu’ils collaborent et prennent des décisions éclairées par des études objectives ”, a renchéri en substance Emmanuelle Perdrix.

La transition par le recyclé

“Il va falloir entamer une logique de certification par rapport à l’intégration de matières plastiques recyclées. Nous devons utiliser les restrictions pour normaliser avant les autres”, a estimé Gilles Dennler, directeur de recherche chez IPC, lors de la présentation suivante sur la mise en place des filières de Responsabilité Elargie du Producteur (REP). “L’accompagnement des adhérents d’IPC lors de l’achat de matières premières recyclées sera proposé gratuitement pour garantir la pureté chimique de la matière”, a annoncé en avant-première M. Dennler.

“Les solutions en approvisionnement circulaire sont beaucoup plus complexes que pour de la matière vierge. C’est pourquoi nous agissons en amont sur le sourcing, la caractérisation et la vérification règlementaire et le contrôle qualité ”, a indiqué Edouard Garreau, cofondateur de la place de marché Poly to Poly spécialisée dans les MPR. La start-up a mis en place une plateforme de plus de 400 références afin de faire le lien entre recycleurs et plasturgistes à la façon d’un “dérisqueur”. Sébastien Moussard, responsable du service performance industrielle de Polyvia a ensuite apporté son expertise sur la qualification et la compatibilité de ces nouveaux matériaux.

“Nous avons besoin d’une vision claire sur les matières qui seront recyclables en 2025”, a estimé pour sa part Bertrand Swiderski, directeur RSE de Carrefour qui intervenait en visioconférence. Le distributeur teste un système de consigne ainsi qu’une palette de solutions entre expérience de vrac, emballage réutilisable et 100 % recyclable.” Dans 3 à 5 ans, les MPR seront devenues un standard pour le consommateur “, a-t-il prédit. Une tendance que suit notamment Coca Cola European Partners, qui a lancé cette année une première gamme de bouteilles en 100 % rPET sur le marché. “Pour atteindre 100 % de recyclé, il nous faut avoir accès à un gisement suffisant. C’est pourquoi nous sommes associés à Plastipak dans l’usine Infineo qui produit aujourd’hui 48 000 tonnes de plastique recyclé apte au contact alimentaire par an. Malheureusement, la France ne capte encore que 55 % des bouteilles PET là où l’Allemagne et la Suède dépassent les 90 %”, a précisé Arnaud Rolland, directeur RSE lors de son intervention de clôture.

“ Le recyclage chimique n’a pas réellement d’intérêt pour des filières comme celle du PET des bouteilles. Il permet, en revanche, de produire des grades aptes au contact alimentaire ou de traiter certains multicouches difficiles à recycler. De plus, certaines étapes de tri et de nettoyage sont les mêmes pour les deux procédés, il y a donc une réelle complémentarité”, a constaté David Etienne, directeur division plastique chez Paprec Group qui s’exprimait sur le recyclage aux côtés de Guillaume Cledat, directeur commercial monde pour la résine Elium chez Arkema et Jérôme Gromada, chef du département Recyclage polymères chez TotalEnergies. “Certaines traces de PVC pourront être très dérangeantes dans le recyclage chimique alors qu’elles ne poseront pas de problème côté mécanique”, a complété Guillaume Clédat. Jérôme Gromada a, pour sa part, regretté que, malgré son intérêt pour répondre aux objectifs de la loi Agec et augmenter la décarbonation, le recyclage chimique n’était pas encore reconnu en tant que tel par la Commission européenne.

Allègement et durabilité

Dans l’attente d’une reconnaissance officielle de cette technologie, les industriels ont déjà de nombreuses cartes en main pour décarboner grâce au plastique. La durabilité alliée à l’allègement, propriétés apportées par le plastique pour remplacer notamment le métal, sont des axes de transition déjà largement exploités, notamment dans le secteur automobile et aéronautique.

“Les procédés de transformation sont plus frugaux que ceux de l’acier. Les composites permettent aussi de très bons ratios allègement et solidité ”, a rappelé Amandine Chaffois, directeur développement durable pour la chaîne de valeur chez Plastic Omnium, qui a par ailleurs mis en avant d’autres propriétés intéressantes du plastique pour les véhicules, comme la transparence électromagnétique, impossible avec le métal, et l’intégration d’éléments électroniques grâce à la plastronique.

Un point de vue partagé par Jérôme Nadeau, chargé d’affaires Plasturgie chez Somocap, qui propose une hybridation de process haute cadence et haute performance pour réaliser des pièces composites pour l’aéronautique ou le bâtiment. Cette dernière filière s’est d’ailleurs fortement investie dans la voie de la décarbonation comme en a témoigné Amaury Omnes, directeur général de Hirsch Isolation. “Pour décarboner davantage, nous réduisons l’impact de nos usines et intégrons jusqu’à 18 % de recyclé dans le PSE que nous produisons. Nous sommes par ailleurs fortement mobilisés, au sein de notre filière, dans le recyclage et la fin de vie des produits du bâtiment et cela va augmenter avec la REP qui vient d’être reportée de quelques mois”, a précisé l’industriel, également président de l’Afipeb (Association française de l’isolation en polystyrène expansé dans le bâtiment). L’entreprise travaille par ailleurs actuellement sur le développement de produits d’isolation en PSE issu de déchets forestiers européens.

Recyclage mécanique et chimique, achat et intégration de recyclé, matériaux innovants, stratégie “3R”, accompagnement des industriels ou encore systèmes de certification, la profession s’organise aujourd’hui pour mettre en place et consolider des outils qui lui permettent d’intégrer progressivement mais sûrement le matériau bas carbone qu’est le plastique dans une logique circulaire.

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