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Conférence Plasturgie : vers un nouveau départ

vendredi 4 décembre 2020, par Alexane Roupioz

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Pour sa sixième édition, la conférence annuelle de la plasturgie organisée par Plastiques & Caoutchoucs Magazine s’est tenue le 19 novembre 2020 dans un format 100 % digital.

C’était une grande première ! Contexte sanitaire oblige, les professionnels de la plasturgie ont échangé par écrans interposés le temps d’une journée consacrée à la crise sanitaire, l’économie circulaire et l’industrie 4.0. L’événement s’est ouvert sur une allocution de Jean Martin, délégué général de la Fédération de la plasturgie et des composites, qui a rappelé, chiffres à l’appui, le dynamisme du secteur avant la crise.

Le plastique présente de nombreux avantages (prix, légèreté, facilité de mise en œuvre, durabilité, caractéristiques mécaniques) qui ont contribué à le projeter sur le devant de la scène avec la fabrication en masse de gel hydroalcoolique et de masques et visières de protection pendant le premier confinement. Mais, si certains secteurs comme l’emballage alimentaire ou la santé s’en sortent bien, « dans l’automobile, l’aéronautique et la cosmétique, les pertes de chiffre d’affaires sont importantes. Les mesures du gouvernement ont permis de sauver des emplois mais il y aura des conséquences », a nuancé Jean Martin. Comme pour l’ensemble de l’industrie, il y aura un avant et un après Covid-19 pour la plasturgie. Au sortir de la crise sanitaire, la filière va prendre un nouveau départ dont les enjeux et les modalités ont cristallisé les débats de la journée.

De l’économie circulaire…

L’avenir de la plasturgie passe notamment par le plan de relance gouvernemental qui fait la part belle à l’économie circulaire, avec entre autres un volet ​sur le soutien au recyclage des plastiques. Consacrée à ce sujet, la première table ronde de la journée rassemblait Thierry Charles, responsable des Affaires publiques de la Fédération de la plasturgie, David Étienne, directeur division plastique au sein du groupe Paprec, et Gilles Dennler, directeur de recherche à IPC. Après un point sur l’avancement des décrets de la loi Agec, Thierry Charles a mis en garde contre les risques de surenchère.

« L’encre de cette loi est à peine sèche, qu’on en imagine déjà une nouvelle basée sur certaines propositions de la Conférence citoyenne sur le climat. Il faut laisser un peu de temps aux industriels pour digérer les nouvelles dispositions. 2025, c’est demain ! », a-t-il plaidé. Pour les plasturgistes, aujourd’hui, l’enjeu principal réside dans l’intégration de recyclé, en dépit de la chute des cours des résines vierges.

Différents mécanismes sont à l’étude ou sur le point d’être lancés pour accélérer le mouvement. Membre pour IPC du CA du fonds Économie circulaire de l’Ademe largement abondé dans le cadre du plan de relance, Gilles Dennler a ainsi évoqué différents outils d’incitation comme Orplast 3. Pour David Étienne, « le vrai débat est de savoir quelles sont les limites d’intégration dans chaque filière afin de pouvoir les dépasser. »

Pour les transformateurs, ces taux, s’ils sont adoptés, doivent être fixés par grandes familles de produits et en concertation entre professionnels et pouvoirs publics. Pour avancer sur ce front de l’intégration, Gilles Dennler a par ailleurs rappelé qu’IPC travaille, dans le cadre du projet SuperPE, à un procédé de purification des polyoléfines pour combler la pénurie de PET alimentaire annoncée pour 2025.

Les enjeux autour des matières recyclées ont aussi été abordés concrètement lors du point business « L’industrie automobile post-Covid ». Gérard Liraut, Expert Leader polymères chez Renault, a rappelé que son groupe utilise actuellement 20 % de polymères recyclés au niveau européen avec un objectif de 30 % en 2030.

Cette ambition devra être menée en parallèle de la transition, encouragée par le plan de relance, vers une industrie automobile décarbonée où les plastiques auront leur rôle à jouer. « L’allègement des structures restera vertueux. En électrique, il se traduit par une augmentation de l’autonomie », a expliqué Jean-Luc Brossard, directeur R&D de la plateforme automobile (PFA). Par ailleurs, « le caractère silencieux de l’ électrique fait ressortir dans l’habitacle des bruits auxquels l’utilisateur n’est pas habitué, il faut travailler sur des matériaux acoustiques », a ajouté Gérard Liraut.

… à l’industrie du futur

Le plan de relance s’invite également dans le numérique. Une aide aux investissements vers l’industrie du futur est mise en place pour les PME et ETI. « Les pouvoirs publics attendent des propositions, les entreprises ne doivent pas hésiter à se positionner », a encouragé Patrick Vuillermoz, directeur général de Plastipolis, lors de la seconde table ronde consacrée aux enjeux de l’industrie 4.0. à l’aube 2021.

Pascal Laurin a partagé l’expérience de Bosch en la matière. « Le 4.0. est une boite à outils, il ne faut pas faire du « push techno » : la technologie doit être au service d’un usage et l’humain doit être au centre de la démarche », a mis en garde le directeur Industrie 4.0. du groupe pour qui la téléproduction, qui a permis de maintenir une activité industrielle en temps de crise, n’est pas amenée à se généraliser.

Point de vue partagé par Fabien Buchy, directeur général de Simpatec, éditeur du logiciel de simulation Moldex 3D. « On oppose souvent l’expérience de l’opérateur et la simulation 3D, personnellement je pense qu’il faut combiner l’humain et la technologie », a-t-il confié à l’occasion d’une présentation sur les retours sur investissements permis par la simulation.

Pour affronter ces enjeux d’avenir, la filière se restructure. Le 18 décembre, Plastipolis et Elastopôle fusionneront pour donner naissance à Polymeris, le nouveau pôle de compétitivité français dédié aux caoutchoucs, plastiques et composites. « Le rapprochement des structures va permettre un maillage plus homogène du territoire et une dynamique ambitieuse à l’échelle européenne et internationale », a expliqué Bénédicte Durand, directrice générale de Mecelec et vice-présidente Communication du nouveau pôle, qui a présenté le projet en remplaçant au pied levé son président Joël Viry. Puis le 1er janvier, naîtra l’Union des transformateurs de polymères, Polyvia, rassemblant la Fédération de la plasturgie, ses syndicats régionaux et le GPIC. Parallèlement, le Cirfap, le CFP et l’Ispa uniront leurs forces au sein de Polyvia Formation dont l’une des missions sera de former et d’accompagner à l’industrie du futur.

Sur cette thématique, Émilie Parfait, responsable innovation et développement à l’Ispa, a présenté les réflexions que son organisme de formation mène depuis 2013 pour déployer des moyens humains et techniques adaptés à l’industrie 4.0.

Ces nouvelles structures vont naître dans un environnement de crise sanitaire, où malgré tout l’innovation continue. La conférence a été ponctuée par l’intervention d’Alain Moinat, président de Paris Saclay Hardware Accelerator. Son témoignage autour du projet de production des visières Stopviz, mené notamment avec Caliplast, a mis en lumière la complémentarité entre impression 3D et injection ainsi que l’implication de la filière dans la lutte contre le Covid-19. Sébastien Baril, directeur marketing chez Serge Ferrari, a présenté des toiles composites aux propriétés antivirales. Enfin, Carine Lefevre, directrice commerciale chez Xatico, a exposé les propriétés des charges minérales qui ouvrent la voie à une industrie du plastique plus performante et moins polluante.

Au final, cette journée a dessiné un avenir plutôt prometteur pour la filière. Mais elle s’est clôturée sur une mise en garde de Rayna Stamboliyska. « La cybersécurité est l’affaire de tous d’autant plus en temps de crise sanitaire où le contexte pousse, notamment en télétravail, à adopter de nouveaux outils qui n’ont pas les garanties de sécurité nécessaires », a rappelé l’experte en gestion des risques et des crises qui a précisé que le Clusif (Club de la sécurité de l’information français) prépare actuellement un guide de gestion de risques à destination des métiers qui se dotent de nouveaux outils connectés.

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