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« Cycl-add a réuni un écosystème unique pour recycler les masques »

mercredi 14 avril 2021, par Fabian Tubiana

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Autour de sa technologie brevetée de recyclage de plastiques destinés à l’incinération, Cycl-add a mis sur pied une filière nationale pour les masques usagés. Interview de son président, Hervé Guerry, qui dirige également le bureau d’études Créastuce.

Vous avez mis en place une filière nationale de recyclage des masques à usage unique en vous appuyant notamment sur des entreprises de la Plastics Vallée. Pourquoi et comment ?

Quand le port du masque s’est généralisé l’an dernier, nous savions au sein de Cycl-add que nous pouvions les recycler, que ce soient les masques FFP2 ou chirurgicaux classiques. Créer une filière, c’est certes compliqué, mais pourquoi pas nous y attaquer ? D’autant que nous souhaitions nous positionner sur la REP relative aux textiles sanitaires à usage unique prévue par la loi Agec. Nous avons donc commencé par nous appuyer sur des entreprises autour d’Oyonnax où nous sommes implantés ainsi que sur l’association Territoire à énergie humaine et positive (TEHP) de promotion de l’économie circulaire locale dont s’occupe mon épouse. Nous avons réuni dans un écosystème unique des acteurs très spécialisés dans des métiers complémentaires pour créer cette filière. L’idée étant de partir d’un textile pour revenir à un textile en s’appuyant sur des technologies éprouvées. Depuis octobre 2020, nous en avons ainsi recyclé un peu plus de 2 tonnes de masques en T-shirts techniques.

Quelle technologie de recyclage mettez-vous en œuvre ?

J’ai créé voilà 22 ans le bureau d’études plasturgie spécialisé en écoconception Créastuce qui se développe de plus en plus. Et j’ai créé Cycl-add il y a 4 ans pour développer une technologie qui permet de recycler, directement dans la vis d’injection, plastiques souillés ou en mélange destinés à l’incinération que personne ne peut recycler et déchets industriels également sans solution de recyclage comme des poudres de peinture ou de pneu, des tonners d’impression… Cette technologie brevetée nous permet ainsi, notamment grâce aux additifs déjà présents dans les plastiques, d’obtenir des produits présentant par exemple des propriétés anti-UV, antistatiques... Exemple typique : Cycl-add récupère des habits de type Leggins, bas ou sous-vêtements en lycra pour en faire des produits comme des fixations skis en PA choc. Nous avons aussi développé des pièces en plastique recyclé plus résistantes qu’avec du vierge. Nous avons même créé des aspects de surface qu’on ne sait pas produire autrement. Et, en plus, les produits obtenus sont recyclables !

Quels rôles jouent les différents acteurs impliqués dans votre filière de recyclage ?

Neuf structures participent à ce jour. La collecte est effectuée par TEHP en Auvergne-Rhône-Alpes et par Solution recyclage et Lemon Tri dans le reste du pays. Le lavage, la désinfection et le démantèlement sont assurés par le Groupe Solid’Aire, une structure de réinsertion du bassin d’Oyonnax. Élastiques et barrettes nasales sont séparées du masque en lui-même. Le premier flux est broyé puis compoundé chez Cycl-add avant d’être transformé en différentes pièces ecoconçues par Créastuce, des pots de fleur par exemple. Les « cœurs de masques » sont également transformés en granulés par Cycl-add. Ces derniers sont ensuite filés par Ain Fibres, une entreprise locale que nous apprécions et qui créé des fibres à partir du PP. Vient ensuite l’étape de tricotage tissage chez Billon puis de la confection par Aura Evolution de T-shirts sports techniques antifottement, très légers et qui ne dégagent pas de microfibres au lavage.

Quelles sont les perspectives de développement pour Cycl-add et toute la filière ?

Nous souhaitons d’abord pérenniser l’activité et l’étendre aux blouses et autres équipements de protection individuelle, et jusqu’aux lingettes. Le gisement est énorme et ne se tarira pas à la sortie de la crise sanitaire. A termes, nous pourrions aussi refaire du non-tissé. Nous travaillons avec des entreprises qui produisent maintenant des masques en France pour traiter leurs chutes de production, ainsi qu’avec des grands groupes qui veulent relocaliser la production de tissus. Aujourd’hui, nous assurons la collecte auprès de 400 entreprises partout en France, dont de nombreux grandes entreprises comme EDF ou Nexans. Et nous sommes contactés par 200 sociétés chaque semaine. Cycl-add réalise un chiffre d’affaires annuel de 300 000 euros. Nous visons 40 millions d’ici à 7 ans. Nous avons déjà signé un quart des contrats qui nous permettraient d’atteindre cet objectif. Le facteur limitant n’est ni le marché, ni la technologie mais la montée en puissance en termes d’investissements. Le financement des projets industriels est long et compliqué en France.

Créastuce figure parmi les exposants inscrits au salon FIP 2020 qui, du fait de la crise sanitaire, est reporté du 5 au 8 avril 2022 à Lyon Eurexpo.

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