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Greenfib : regard vers le futur

jeudi 16 septembre 2021, par Bakhta JOMNI

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Le biopolymère Greenfib, utilisé pour la fabrication de montures de lunettes, se veut durable à la fois dans son mode de fabrication, mais également d’utilisation. Il entre dans la composition des montures de la nouvelle marque Oxo distribuée par les opticiens Ecouter Voir.

Le réseau d’opticiens mutualistes Ecouter Voir présentait le 16 septembre sa nouvelle gamme de lunettes écoresponsables intitulée Oxo. Disponible en 18 formes et 21 coloris naturels (issus de pigments végétaux ou minéraux), cette nouvelle marque fabriquée à Oyonnax chez Biosphère est labellisée Origine France Garantie. Sa particularité ? Elle est entièrement naturelle et recyclable grâce à sa matière première non pétrosourcée, la Greenfib.

Fabriquée à 80 % à partir de Rilsan, le polyamide (PA11) à base de ricin d’Arkema, la Greenfib est mélangée avec de la poudre végétale de bois ou de roseau et minérale de talc ou de coquilles d’huitres. La recette varie ensuite en fonction de trois critères, à savoir la performance technique, la cohérence écologique et l’identité́ esthétique. « Nos recettes diffèrent en fonction de l’ordre de priorité de ces trois objectifs. Au catalogue, nous comptons par ailleurs douze grades différents qui seront utilisés en fonction du besoin ou non d’aptitude au contact alimentaire », précise Gaëlle Alise, responsable industrielle. Les compounds ont un aspect identique à celui des granulés plastique traditionnels. La matière est facile à travailler en injection. Les modalités pour l’extruder sont encore en phase de test.

« Le ricin est cultivé en Inde sur des sols non déforestés, pauvres et arides pour ne pas concurrencer la chaîne alimentaire. Sa culture est traditionnelle et l’acheminement est fait par bateau. Il est ensuite transformé en monomère à Marseille puis en polymère à Serquigny (27) chez Arkema », détaille Cyr Dioré, codirigeant de Greenfib. Arkema, comme LVMH, a déjà intégré Greenfib dans sa matériauthèque. « Nous devrions également pouvoir utiliser leur Rilsan recyclé de façon prioritaire. Cette matière première recyclée nous permettra ainsi de diviser notre ACV par deux », se réjouit M. Dioré. Plébiscitée pour les montures de lunettes, elle est aussi utilisée pour fabriquer des interrupteurs, des plateaux ou des contenants. L’entreprise produit sa matière sur deux sites de partenaires, l’un à côté de Vannes et l’autre près de Poitiers. Après une première année de démarrage, Greenfib a atteint cette année un peu moins de 500 000 euros de chiffre d’affaires.

Un prix stable

C’est en 2011 que cette matière biosourcée et recyclable est brevetée par Luc Ménétrey, alors opticien. Dans le cadre d’un réseau d’entrepreneurs, le centre des jeunes dirigeants, ce dernier visite un laboratoire de R&D en chimie en 2008 avec lequel il développe Greenfib. En 2018, Luc Ménétrey s’associe avec l’entrepreneur Cyr Dioré et présente ensuite son projet à l’un de ses fournisseurs, Biosphère, qui y adhère. Ainsi naît la première application pour Greenfib : les montures de lunettes. Les critères auxquels la matière doit répondre pour la fabrication de lunettes sont une certification Alutec afin de garantir qu’elle est hypoallergénique, et la capacité d’usinage sur le site de Biosphère à Oyonnax.

« Comme nous ne fabriquons pas de grosses quantités de Greenfib en comparaison avec du plastique classique, le coût de revient de notre matière peut sembler plus important au premier abord que les matières traditionnellement utilisées pour la fabrication de lunettes comme l’acétate. Mais la Greenfib est deux fois plus légère que l’acétate et la matière se vend au poids. De plus, notre matière a un prix et un approvisionnement stable ce qui est très important en cette période de versatilité des prix des matières premières », note Cyr Dioré.

Le réemploi en priorité

Au-delà du développement d’une matière écologique, c’est la façon de l’utiliser qui importe avant tout pour Greenfib. Les deux entrepreneurs ambitionnent en effet de contribuer à leur échelle à l’émergence d’un système de production local et circulaire fondé sur des matières premières natu- relles. « Nous favorisons la durabilité du premier emploi, puis du réemploi et enfin du recyclage dans une logique d’économies d’énergie consommée. La consigne et la location priment sur le recyclage. Outre la matière, l’enjeu est dans la manière. Lorsque nous développons une nouvelle recette, nous validons a minima que cela a du sens pour l’avenir », remarque Cyr Dioré. Ainsi, tous les magasins vendant les produits à base de Greenfib, 760 en France, sont points de collecte. Les lunettes récupérées, seront broyées mécaniquement par couleur dans la filière de recyclage mise en place par Biosphere avant d’être réinjectées dans le flux de Greenfib pour recréer de nouvelles plaques dans lesquelles seront découpées de nouvelles montures. Déjà présente sur le secteur de la fabrication additive avec Greenfib 3D, le premier filament basé sur le Rilsan PA11 à être imprimable en 3D, Greenfib projette d’ici à 2022 de se lancer dans le secteur des stylos et de l’horlogerie.

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