Envoyez l'article par e-mail :

« Interdiction du polystyrène : un non-sens économique et industriel »

jeudi 6 mai 2021, par Fabian Tubiana

Cet article appartient aux thématiques :

Adoptée en première lecture par les députés, la loi Climat prévoit notamment l’interdiction des emballages en polystyrène en 2025. Réaction d’Eric Quenet, directeur général de PlasticsEurope en France.

Quelle est votre réaction à l’adoption de cet « amendement Tara » ?

Je ne peux que m’insurger contre ce vote. L’interdiction des emballages en polystyrène est non seulement un non-sens économique, mais aussi une erreur de stratégie industrielle. Si la mesure était définitivement adoptée, cela obligerait les industriels à convertir leurs lignes. Ce qui ne se fait pas du jour au lendemain et coûte plusieurs millions d’euros. Une filière de recyclage du PS est par ailleurs en cours de constitution rapide dans le pays. Se pose en outre la question du droit européen, de la concurrence au sein du marché unique. Des emplois, enfin, seraient menacés.

Je rappelle aussi que cet amendement, présenté une première fois en commission sous le prisme du danger qu’il représenterait pour la santé, a été rejeté avant de revenir, contre l’avis du gouvernement, au prétexte de favoriser le développement du vrac. PlasticsEurope n’a rien contre la vente en vrac, mais cette justification est ridicule, cela n’aura aucun effet. Pour des raisons sanitaires, yaourts et produits frais ne passeront pas au vrac. Les produits laitiers par exemple seraient conditionnés dans des pots en verre, avec l’impact carbone qui va avec, ou dans d’autres plastiques.

Pour vous, cette décision est donc contre-productive ?

Tout à fait. D’autant que la France est le pays européen qui dispose du plan de recyclage chimique du polystyrène le plus avancé en Europe. Les industriels, certes tardivement mais de façon efficace et maintenant dans une délai rapide, sont en train de mettre sur pied une filière de recyclage chimique. On compte deux projets structurants en France pour fin 2023 : Ineos à Wingles dans le Pas-de-Calais et Michelin à Clermont-Ferrand. Et deux en Belgique chez Indaver et Trinseo. L’interdiction mettrait à mal tous ces investissements.

Pensez-vous que le Sénat votera à son tour cette mesure ?

J’espère que la raison reviendra. Les sénateurs ont quand même un ancrage territorial plus fort et seront davantage à l’écoute d’arguments pratiques. Derrière, il y a aussi des laiteries, des coopératives, pas uniquement de grands groupes comme Danone ou Nestlé… Le législateur est en train de tuer la filière alors qu’elle a justement l’opportunité de montrer son exemplarité en Europe en matière d’économie circulaire. Il faut combiner l’attente du public et la réalité économique.

Sujet connexe, exprimez-vous toujours les mêmes inquiétudes quant au décret « granulés » de la loi Agec paru récemment ?

La version publiée le 18 avril au JO est presque la même que celle qui était en consultation publique en début d’année. Nos préoccupations restent donc identiques. La définition retenue de la taille des granulés (entre 0,01 mm et 1 cm) va bien au-delà de l’objectif initial du législateur qui devait s’attaquer au départ uniquement aux pellets de plus de 5 mm. Nous sommes préoccupés par les difficultés que pourrait entraîner la mise en œuvre de ce texte, notamment pour les plus petites unités.

Il faudrait par ailleurs avoir une définition plus exacte de l’expression « abords du site placés sous le contrôle de l’exploitant » dans lequel des nettoyages réguliers des bassins de rétention sont demandés. Nous aimerions être sûr que cela correspond bien à l’arrêté du 15 avril 2010 sur les installations classées. Enfin, le décret indique que l’exploitant doit mettre « à disposition du public sur son site internet une synthèse de chaque rapport d’audit, en retirant les informations relevant d’un secret protégé par la loi ». Nous regrettons le flou autour des informations qui seront concernées. Nous restons quoi qu’il en soit dans une démarche de co-construction avec les pouvoirs publics, tout en restant très vigilants. Nous militons pour des mesures applicables par tous les maillons de la chaîne de valeur, des transformateurs aux recycleurs et aux stockistes, quelles que soient leurs tailles.

Partagez cet article :

2014 © Infopro Digital | Mentions légales | Contact | Newsletter | RSS | S’abonner | Plan du site | SPIP | Paramétrage Cookie