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La production et la consommation de plastique baissent en Europe

vendredi 11 juin 2021, par Arnaud Jadoul

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En 2020, la crise du Covid-19 a amplifié le phénomène, qui est encore plus manifeste en France. Tous les secteurs d’application sont touchés.

« Une industrie, elle aussi, touchée par la crise du Covid-19 » : tel est le bilan dressé pour l’année 2020 par PlasticsEurope, l’association paneuropéenne des producteurs de matières plastique. Tout d’abord, la production a baissé. Si, dans le monde, le recul n’est que de 0,3 %, pour atteindre 367 millions de tonnes (soit -1 million par rapport à 2019), en Europe, la diminution est de 5,1 %, à 55 millions de tonnes, et, en France, elle est de 11 %. « Il s’agit de la troisième baisse mondiale depuis l’après-guerre, après celle intervenue en 1973 au moment du premier choc pétrolier, et celle de 2008, lors de la crise financière, note Eric Quenet, directeur de PlasticsEurope pour la France.

Cette inflexion est un marqueur significatif de l’impact de la crise du Covid-19 sur l’économie mondiale. » La tendance n’est pas générale toutefois : la production, de plastiques de commodité et de polychlorure de vinyle (PVC) en particulier, continue sa progression en Chine, qui détient désormais une part de 32%, avec 117 millions de tonnes.

Emballage industriel et commercial

Du côté de la demande, le phénomène est similaire : en Europe, elle a décliné de 4,7 %, pour se situer à 48,3 millions de tonnes, et, en France, de 7,5 %, à 4,5 millions de tonnes. Il faut noter que l’Hexagone est plus fortement touché que l’Allemagne, qui a enregistré une baisse de 2 % de la production et de 6,5 % de a consommation.

Ce recul affecte tous les secteurs d’application. Si l’automobile, troisième débouché, a été le plus touché, avec une chute de sa consommation de 18,5% en Europe et de 28% en France, l’emballage a également été en retrait, surtout dans sa composante industrielle et commerciale. « En dépit de l’idée reçue selon laquelle le principal débouché des matières plastique aurait profité de la crise sanitaire, celui-ci a moins bien résisté (-2,5 %), et ce particulièrement en France (-6,9 %, à 2,043 millions de tonnes) », observe Eric Quenet.

L’organisation professionnelle ne peut cependant, pour le moment, quantifier l’impact précis de la crise sanitaire par rapport au mouvement généralisé de chasse au plastique engagé dans les biens de consommation. Eric Quenet relève au passage que, s’il a connu une hausse en raison de la pandémie, le secteur médical reste un segment de marché mineur, au niveau tant européen que français, entre 1,5 et 2 %.

Tensions

Cette évolution sera-t-elle temporaire ? En tout cas, sous l’impulsion de la demande, « une forte reprise de la production européenne a été enregistrée dès la seconde partie de l’année 2020 », constate PlasticsEurope. S’y conjugue une hausse des exportations, vers la Turquie, le Royaume-Uni et la Chine en premier lieu. « Les importations sont en revanche à la baisse en Europe et en France, attirées par des marchés plus rémunérateurs, notamment en Asie. »

En outre, le premier trimestre 2021 confirme ce rebond dans les principaux secteurs clients, automobile mise à part. Autre confirmation : les tensions sur le marché, dues à des « incidents techniques » et des arrêts programmés dans cette période de redémarrage de l’activité et non aux cours du pétrole. « Ce contexte tout à fait particulier explique la remontée des prix des polymères », indique PlasticsEurope, qui prévoit une prolongation à court terme de ce « mouvement haussier », de 8 % en moyenne entre le premier trimestre 2021 et le quatrième trimestre 2020, susceptible de « conditionner la reprise de l’activité économique en Europe et en France ».

Clarification

De surcroît, l’organisation professionnelle s’inquiète des politiques publiques « schizophrènes » engagées, en France tout spécialement, avec, d’un côté, un plan de relance très incitatif et, de l’autre, de nouvelles interdictions, et demande une « clarification » et « un cadre qui donne de la visibilité » aux investissements des producteurs pour « ne pas hypothéquer l’avenir ». « Dans ce contexte économique incertain, toute nouvelle interdiction ou restriction nationale de produits, en plus de celles déjà adoptées en particulier dans le cadre de la loi Agec en 2020, fragiliserait plus la part de la France et la compétitivité de ses entreprises sur le marché européen des plastiques », avertit-elle.

Et de citer la menace qui plane sur les emballages en polystyrène dans le projet de loi Climat et résilience, qui pourrait « remettre en question les investissements prévus dans l’Hexagone dans des unités de recyclage chimique » du matériau. « Il y a une contradiction évidente entre l’objectif peu réaliste de 100 % de matières plastique recyclées en 2025 et la volonté du législateur d’éliminer des catégories entières d’emballages plastique du marché, alors que ceux-ci représentent aujourd’hui 60 % du gisement des plastiques à recycler », lance Eric Quenet. « Il ne faut pas décourager nos membres à l’heure où ils sont pleinement engagés dans l’économie circulaire des plastiques, tant en Europe qu’en France », conclut-il.

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