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Matières premières : l’extrusion aussi sous tension

mercredi 22 septembre 2021, par Fanny Perrin d’Arloz

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Servant principalement le BTP, le secteur de l’extrusion n’échappe pas aux pénuries matières post-Covid. État des lieux.

D’abord les réjouissances. Le marché de l’extrusion affiche un bon état général, porté par la rénovation des bâtiments - très dynamique depuis juin 2020 -, et la construction. Le plan de relance doit également le doper, encourageant la rénovation énergétique entre autres. « Nous pensions être optimistes en tablant sur une croissance de 5-7 % en 2021. Finalement, elle a flirté avec les 20 % sur certains marchés ; notamment le créneau des piscines qui devrait rester très soutenu au moins jusqu’en 2023 », indique Philippe Gressier, président de la commission Communication du Snep (Syndicat national de l’extrusion plastique) et directeur commercial chez Benvic. De fait, les carnets de commandes ont grossi, les embauches se sont multipliées pour répondre à l’activité…

« Cette crise a remis les industries françaises sur le devant de la scène, faisant progresser la renommée du made in France. Elles ont pu recruter et étoffer leurs équipes avec des jeunes en alternance, des apprentis et bon nombre de CDI », constate Marc-Antoine Blin, président du STRPEPP (syndicat des canalisations en PE et PP pour la pression, assainissement et fourreaux de protection) et président du groupe Elydan. Le revers de cet inattendu dynamisme ? La demande de matières premières a rapidement excédé l’offre, faisant aussitôt grimper les prix…

Concours de circonstances

En cause, le contexte sanitaire bien-sûr qui a bouleversé la supply chain, engendrant des arrêts de production en cascade et de nombreux cas de force majeurs décrétés. Les aléas climatiques sont également venus obscurcir la situation. Notamment aux États-Unis d’où proviennent une partie des matières premières. L’État du Texas a ainsi connu une vague de froid hivernal sans précédent depuis 30 ans, la Louisiane a vu ses productions menacées par l’ouragan Aida… Au redémarrage, les exportations n’ont pas été prioritaires, le pays commençant par assouvir ses propres besoins. L’Europe a aussi accusé son lot de perturbations climatiques. Le Rhône a ainsi dû stopper un temps les livraisons par barge au départ d’Asie notamment, puis ce fut au tour du Rhin.

« Les fabricants européens de PE et PP n’ont pas développé suffisamment de capacités pour accompagner la croissance du marché, du fait des contraintes environnementales. En général, le delta est importé d’Asie », rappelle Marc-Antoine Blin. Au fil des mois, les containers maritimes se sont raréfiés, assortis d’un renchérissement des transports en provenance d’Asie. Toutes ces perturbations se sont enchevêtrées, se traduisant inéluctablement par un allongement des délais de livraison et par une flambée des prix, n’épargnant aucune référence. « Les indices des résines PVC se sont envolés à des seuils jusqu’alors jamais atteints, y compris durant 2011-2012 ! », cite en exemple Philippe Gressier. Les prix des PE et PP ont quasi doublé, alourdissant les coûts de revient.

Aujourd’hui, si le contexte inflationniste demeure, une stabilisation semble progressivement s’opérer. « Pour le PVC, le rythme de hausse mensuel est moins élevé, de l’ordre de 2 % contre 5 % auparavant », illustre Philippe Gressier. Elle devrait se poursuivre dans le courant de l’année 2022, sans toutefois retrouver les niveaux d’avant crise. Quant aux délais d’approvisionnement, ils restent encore longs. « Les producteurs peinent à recouvrir leur niveau de stock usuel face à une demande toujours forte », admet Marc-Antoine Blin.

Sécuriser ses approvisionnements

Une nouvelle fois, cela a contraint les plasturgistes à se montrer toujours plus vigilants, plus précis également dans la planification de leurs besoins. « Il faut qu’ils essaient de les mensualiser, en tenant compte de la saisonnalité des marchés. Ils doivent apprendre à évaluer avec un niveau de détail supérieur chaque marché, chaque type d’application et associer le plus en amont possible leurs fournisseurs », conseille Philippe Gressier. La contractualisation reste un des outils indispensables pour sécuriser ses approvisionnements. « Les transformateurs français et européens ont tiré des enseignements de la crise de 2015, prenant l’habitude de collaborer en bonne intelligence avec les fournisseurs et les distributeurs. S’appuyant sur des contrats, ils ont pu, pour certains, échappé en partie à la pénurie », constate Marc-Antoine Blin.

Il y a ceux aussi qui avaient ou qui ont fait le choix de se tourner vers les plastiques recyclés pour faire face à la pénurie de matières vierges, réduisant en même temps leur empreinte environnementale. Le PVC recyclé se voit ainsi de plus en plus régulièrement incorporé dans des formules d’origine ou intégré en co-extrusion dans de nouvelles applications. « C’est l’un des polymères qui s’y prête le mieux dès lors qu’il est correctement régénéré, explique Philippe Gressier. Pour autant, la demande en PVC recyclé étant déjà supérieure à l’offre bien avant la crise de disponibilité des matières premières, cela a généré des tensions sur le marché, augmentant les tarifs, dans des proportions moindres que sur les matières vierges. Dans un même temps, les gisements de PVC recyclés se sont nettement réduits au niveau post-production, les industriels essayant de trouver le moyen de les utiliser en interne ».

Point de vue PE et PP, l’essentiel des matières recyclées sert à la fabrication de gaines de protection électriques ou de tubes annelés. « Cela n’est pas envisageable pour des applications pression du fait des normes et des contraintes mécaniques… pour le moment », met en avant Marc-Antoine Blin. Nul ne doute que, dans les années à venir, les applications ouvertes aux matières dites de seconde main devraient largement s’élargir. La création de l’éco-organisme Valobat en juillet 2021, la volonté de contrer le « plastic bashing » et de s’inscrire durablement dans l’économie circulaire tendent dans ce sens.

Crédit photo : Snep/Profialis

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